Traditions du début de l'été à Pietrabruna : la lavande, la « stroscia » et les rites du solstice
Pietrabruna, situé sur les pentes du mont Faudo, entre le Val San Lorenzo et les confins du Val Prino, recèle un patrimoine d’histoires qui se réveillent précisément avec l’arrivée du solstice d’été. À cette période de l’année, le travail agricole s’entremêle à d’anciens rituels liés à la terre, aux floraisons de montagne et à la dévotion populaire. Explorer ce territoire au début de l’été permet de comprendre la véritable âme rurale et laborieuse de la Ligurie occidentale, loin des flux du tourisme balnéaire.
La récolte et la distillation traditionnelles de la lavande à Pietrabruna
Avant que la Riviera de Ponente ne soit indissolublement liée au tourisme balnéaire, l’économie de Pietrabruna reposait sur trois piliers principaux : l’oléiculture, la culture des fleurs et, en particulier, la récolte de la lavande. Entre fin juin et début juillet, les versants du mont Faudo et les terrasses qui entourent le village se teintaient de nuances violacées. Il ne s’agissait pas d’une simple floraison à admirer, mais d’une ressource économique fondamentale pour les familles locales.
La variété récoltée était principalement la lavande sauvage, connue localement sous le nom d’« aspic » ou « lavandino », qui pousse en abondance sur les sols calcaires et ensoleillés de l’arrière-pays ligure. Des familles entières empruntaient les sentiers de montagne dès l’aube, équipées de faucilles pour couper les tiges fleuries. Les bouquets étaient ensuite attachés et transportés sur l’épaule ou à dos de mulet, enveloppés dans de grandes toiles de chanvre, jusqu’aux distilleries du village.
À Pietrabruna, la distillation s’effectuait à l’aide d’alambics historiques à feu direct. La vapeur d’eau, en traversant les fleurs pressées, en extrayait l’huile essentielle : un liquide doré et intensément parfumé qui était ensuite vendu aux industries de la parfumerie, notamment à celles de la France voisine. Bien qu’aujourd’hui la production industrielle soit réduite par rapport au siècle dernier, quelques petites exploitations agricoles locales perpétuent cette filière, en distillant encore la lavande selon les méthodes traditionnelles durant les premières semaines de juillet.
Le rituel de la Stroscia : le gâteau que l’on casse avec les mains
On ne peut pas comprendre l’identité gastronomique de Pietrabruna sans évoquer la Stroscia. Ce gâteau cuit au four, étroitement lié à la disponibilité d’ingrédients simples du terroir, représente l’alliance parfaite entre la cuisine paysanne et la nécessité de conserver les aliments à long terme pendant les mois chauds.
La recette traditionnelle repose sur quelques ingrédients étroitement liés au territoire :
- Farine de blé tendre : la base de la boulangerie locale.
- Huile d’olive extra vierge : exclusivement issue de la variété Taggiasca, qui apporte douceur et parfum sans dominer les autres saveurs.
- Sucre et levure : pour apporter la douceur nécessaire et favoriser le léger levage qui rend le gâteau friable.
- Liqueur aromatique : généralement du vermouth ou du marsala, utilisée pour parfumer la pâte et lui conférer une note aromatique caractéristique.
Ce qui rend la Stroscia unique, c’est l’absence totale de beurre ou d’œufs, entièrement remplacés par l’huile d’olive. Cela lui confère non seulement une texture sèche, mais permettait autrefois de conserver le gâteau pendant des semaines sans qu’il ne perde ses propriétés organoleptiques. C'était l'aliment idéal pour les paysans qui passaient des journées entières dans les champs ou les oliveraies sous le soleil estival.
Le nom même de ce gâteau vient du verbe dialectal « strosciare », qui signifie casser, briser ou émietter. La tradition locale exige en effet que la Stroscia ne soit jamais coupée au couteau. Pour la déguster, il faut frapper le gâteau au centre avec le poing ou le casser directement avec les mains, en suivant les fissures naturelles qui se forment sur sa surface dorée. Pendant les mois d’été, on a coutume de la déguster en fin de repas, accompagnée d’un verre de vin doux ou de vin de paille.
Les feux de la Saint-Jean et les herbes du solstice d'été
La nuit du 23 au 24 juin, qui coïncide avec la fête de Saint-Jean-Baptiste, représente un moment crucial du folklore de Pietrabruna. Cette fête, qui allie d’anciens rites païens liés au solstice d’été à la liturgie chrétienne, célèbre le triomphe de la lumière sur les ténèbres et le début de la période où la nature est au sommet de sa vigueur.
Autrefois, le soir de la veille, de grands feux de joie étaient allumés sur les hauteurs visibles depuis le village. Le feu avait une fonction purificatrice et protectrice pour les récoltes à venir. Les jeunes du village sautaient par-dessus les braises mourantes en gage de courage et comme rite propitiatoire pour la santé.
À cette nuit est également liée la cueillette des herbes du solstice, au premier rang desquelles le millepertuis, communément appelé « herbe de la Saint-Jean ». Cueillie à l’aube du 24 juin, lorsque les fleurs jaunes sont encore mouillées par la rosée du matin, cette plante sert à préparer l’huile de Saint-Jean. Les fleurs sont mises à macérer dans de l’huile d’olive au soleil pendant environ quarante jours, jusqu’à obtenir un liquide d’un rouge intense, traditionnellement utilisé en médecine populaire pour apaiser les coups de soleil et soigner les blessures cutanées.
Le lien ancestral avec le mont Faudo et la transhumance
Le début de l'été coïncidait historiquement avec la transhumance, le déplacement saisonnier des troupeaux vers les alpages. Pietrabruna, située au pied du mont Faudo (1 149 mètres d'altitude), a toujours joué un rôle de trait d'union entre la côte et les prairies d'altitude.
Les bergers locaux, qui exploitaient les pâturages de la vallée pendant l'hiver, remontaient les sentiers reliant le village au sommet du Faudo. Ce déplacement garantissait aux animaux de l'herbe fraîche et des températures plus clémentes pendant les mois les plus chauds de l'année. Aujourd’hui, bien que la transhumance à grande échelle ait presque entièrement disparu, les sentiers qui montent de Pietrabruna vers le mont Faudo restent des itinéraires historiques très intéressants pour comprendre l’organisation du territoire, caractérisé par d’anciens abreuvoirs en pierre et des murets en pierres sèches qui délimitent les anciennes propriétés pastorales.
Le conseil de Davide : Si vous décidez de monter à Pietrabruna en été pour explorer ses ruelles ou emprunter les sentiers qui mènent au mont Faudo, n’oubliez pas que le centre historique est entièrement piéton et pavé de galets qui peuvent être glissants. Garez votre voiture sur les places de stationnement prévues à cet effet à l'entrée du village, près de l'église paroissiale, et portez des chaussures de randonnée légères ou offrant une bonne adhérence. De plus, si vous prévoyez de marcher sur les sentiers de montagne exposés au soleil, veillez à emporter une réserve d’eau suffisante : le long des sentiers menant à la crête, vous ne trouverez aucun point d’approvisionnement en eau en dehors du centre-ville.
Foto di Igor La Prado su Pexels